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Le temps des affaires

Le contraste est saisissant. Quand l’Hebdo a décidé il y a dix ans de consacrer un numéro spécial à l’horlogerie, sans savoir qu’il lançait ainsi un magazine spécialisé, le contexte était euphorique. La déprime ne figurait pas au sommaire des pages économiques et politiques de tous les médias, ni à celui des rubriques services perso-psycho-bobo-populo. Aujourd’hui, l’ambiance générale est pour le moins morose, du genre lendemain de fête et gueule de bois. L’horlogerie n’échappe pas à la règle après une décennie marquée par la réussite, les records à l’exportation et une spectaculaire partie de monopoly.

Jean-Philippe Arm Novembre 2003

En 1993, l’hommage rendu à cette activité emblématique du génie artisanal et industriel de la Suisse s’imposait. L’horlogerie suisse pétait le feu, quinze ans après avoir failli disparaître, et cette success story collective rencontrait à l’étranger un écho grandissant. Nos confrères italiens, allemands ou japonais en rendaient compte avec un enthousiasme communicatif et leurs lecteurs emballés amplifiaient le phénomène en s’entichant des petites merveilles mécaniques estampillées swiss made.

La moindre des choses était qu’on en prenne conscience ici aussi et qu’on rende justice aux hommes et aux femmes qui contribuaient à ce renouveau. L’Hebdo allait le faire en automne 1993 avec un grand dossier intitulé «la passion horlogère».

Il y a dix ans, l’horlogerie partageait avec le chocolat et la banque ce statut particulier de cliché immédiatement associé à la Suisse. Domaines d’excellence reconnue sur le plan international. Aujourd’hui, les industriels du chocolat se moquent ouvertement de la fève de cacao, la trompant en toute légalité avec des huiles végétales, au grand dam des producteurs et des amateurs, tandis que les boys de Wall street qui n’ont pas encore perdu leur emploi n’osent pas dire à leur mère qu’ils travaillent pour une banque suisse. Restent pour l’aura helvétique les créateurs de montres, qui font toujours l’admiration du monde entier, même s’ils donnent ici parfois dans le fait divers et n’ont plus que le mot «affaire» aux oreilles, sinon à la bouche.

Il y a les affaires qui vont mal, inutile de le cacher, qui déclinent, périclitent et en laisseront sur le carreau. Il y a celles qui redémarrent. Les premiers signes sont là, des marchés s’ébrouent. Stocks épurés, l’appel d’air redonne des couleurs aux anémiques. Il y a celles qu’on espère et qui se font attendre, celles qu’il faudra passer aux pertes et profits. Et il y a celles qui font l’actualité, mais relèvent de la justice, comme celle qui défraye la chronique des montagnes neuchâteloises, avec son inévitable connexion genevoise. Une affaire pouvant en cacher quelques autres, le feuilleton connaîtra d’autres épisodes.

Quelle que soit leur nature, ces affaires renvoient toutes à l’histoire de l’horlogerie, qui en a déjà vu et connu de toutes les couleurs. Et qui s’en remettra. Le phénix est un oiseau horloger.

Recherche personnel horloger désespérément

A voir la pléthore d’annonces dans la presse, les employeurs s’arrachent horlogers, polisseurs et ingénieurs. Quitte à débaucher du côté de la concurrence et à payer pour le transfert. Ce qu’ils nient, évidemment. Enquête dans les rouages de l’emploi.

Sabine Pirolt

Trois polisseurs expérimentés sur boîtes, deux horlogers juniors avec CFC, un horloger pour le département qualité, un ingénieur constructeur en horlogerie, une perleuse, deux angleurs sur touret: en ce début d’année, les lecteurs qui consultent les pages «offres d’emplois» des quotidiens de l’Arc jurassien n’en croient pas leurs yeux. Dans le milieu horloger, on embauche à tour de bras. Sur un tiers de page, par exemple, l’agence d’emploi Profils RH à Neuchâtel n’offre pas moins de… 72 postes: tous dans ce créneau, un de ses domaines de prédilection.

Mais que se passe-t-il? Ces annonces ne sont-elles qu’un feu de paille ou le signe d’une véritable reprise? Dans le milieu horloger, chacun y va de son analyse ou de sa petite explication. Directeur de l’entreprise Ulysse Nardin au Locle, Pierre Gygax observe le phénomène et constate: «Ces dernières années, on recrutait sans annonces. Mais, aujourd’hui, il y a beaucoup de gens entre Genève et Porrentruy qui cherchent à développer de nouveaux produits, des vrais calibres. Il commence donc à y avoir de la demande et de la surenchère.»

Secrétaire général de la Convention patronale, François Matile voit là une conséquence directe de la décision d’ETA de ne plus livrer d’ébauches, même si la Commission fédérale de la concurrence l’y oblige encore. «De plus en plus d’entreprises essaient de créer les mouvements chez elles. Il y a une émulation sur le terrain du moteur de la montre.» Des entreprises qui peuvent ainsi revendiquer une production maison, un argument marketing qui pèse de tout son poids, même si la création de mouvements est relativement chère.

D’autres parlent carrément d’«effet général», comme Breitling à La Chaux-de-Fonds. «On sent qu’il y a reprise», analyse-t-on avec optimisme. Bon observateur du baromètre de l’emploi, le conseiller en personnel Reto Schneider préfère rester prudent: «C’est encore trop tôt pour le dire. On est toujours fixé après la Foire de Bâle.» Il est surpris tout de même par la demande du mois de janvier: «D’habitude, janvier c’est calme; il faut les laisser commencer l’année.»



Les espèces rares

Reprise ou feu de paille, une chose est sûre: le début de l’année est une période propice à la circulation du personnel. Les budgets pour l’exercice qui démarre sont sous toit, des postes voire de nouveaux départements se créent, de nouvelles stratégies se mettent en place, il faut du monde. Et du monde, à cette période, il y en a un peu plus sur le marché. Dans la catégorie des «j’irais bien voir ailleurs» se rassemblent tous les frustrés de la fin de l’année, ceux qui s’attendaient à de meilleures qualifications ou à une augmentation et qui n’ont pas été exaucés. Une frustration qui profite à la concurrence. N’empêche, ces déçus ne suffisent pas à combler toutes les demandes. Loin s’en faut. Directeur et copropriétaire de Dubois-Dépraz, une importante entreprise de la vallée de Joux, Pascal Dubois confirme:«c’est galère de trouver des gens qualifiés!» Il sait de quoi il parle, puisque cela fait six mois que la maison cherche un constructeur horloger, une espèce rare. «Si un constructeur mettait une annonce dans un journal, elle n’aurait même pas le temps de paraître!» assure-t-il. Il n’aurait que l’embarras du choix… Comme l’angleur sur touret qui a envoyé son dossier à Reto Schneider. Il avait quinze ans d’expérience. Le conseiller en personnel a lu son dossier à 8 h 15, l’homme était dans son bureau à 11h. «Sinon, il y avait le risque qu’il trouve ailleurs.» Ce qui s’est effectivement passé.

Sur les 72 postes proposés par Profils RH, Reto Schneider soumet 19 dossiers aux employeurs. Dix-neuf personnes, ce n’est peut-être pas un chiffre record, mais les candidats qu’il propose, il les sent «bien partis». Comme dans d’autres secteurs, beaucoup de candidatures ne correspondent pas à la demande: entre 60 à 70 % bien que les qualifications requises soient très claires. «Il y en a qui sont presque boulangers», dit en souriant Pierre Gygax d’Ulysse Nardin.

Les professionnels du recrutement comptent beaucoup sur le bouche à oreilles et sur leur réseau. Après la parution de cette annonce, Profils RH a littéralement croulé sous les téléphones de personnes travaillant dans l’horlogerie, mais aussi dans d’autres métiers. «C’était de la folie pendant une semaine. Les gens venaient aux renseignements pour leur spécialisation…» De quoi compléter ses dossiers «intéressé à voir ailleurs». Un autre conseiller en personnel de l’Arc jurassien qui tient à garder l’anonymat, lui, ne perd jamais une occasion de créer un contact, histoire de compléter ses dossiers. Comme il voit plus de 700 canidats par année, forcément, il en croise quelques-uns sur son chemin. «Dans la rue, je rencontre parfois des gens que j’ai placés. S’ils sont avec un collègue, je profite de glisser: «Si vous voulez changer un jour…» et je tends ma carte.»

Après la débauche

Malgré la pénurie de personnel dans certains corps de métier et la difficulté de trouver les perles rares que sont les constructeurs, les horlogers à très haute qualification ou les angleurs sur touret, les entreprises jurent ne pas pratiquer la débauche. Les petites qui font de la sous-traitance ne peuvent pas se le permettre puisque débaucher voudrait dire aller piquer un employé chez celles qui les nourrissent. D’autres, en revanche, ne s’embarassent pas de si nobles principes.

Pas de débauche! Une telle affirmation amuse Laurent Paroz, responsable de l’atelier de décoration et anglage chez Audemars-Piguet, Renaud et Papi, au Locle. Il vient d’être confronté au départ à la concurence d’une demi-douzaine de d’employés, dont trois horlogers et un ancien responsable du montage. «La conjoncture est tellement bonne qu’il y a une circulation des gens d’une entreprise à l’autre.» Cela fait onze ans qu’il travaille dans l’atelier de décoration. «Pendant neuf ans, j’ai gardé mon personnel. Aujourd’hui, la décoration, tout le monde veut s’y mettre, c’est un atout dans le haut de gamme.» Il sait que des personnes de son département ont été approchées: «cela se fait discrètement. Mais le monde horloger est petit. La concurrence, on la connaît.» Ce genre de nouvelle arrive vite aux bonnes oreilles. Des bonnes oreilles qui ne réfléchiront peut-être pas deux fois avant d’accepter une petite augmentation ou d’autres revendications d’employés sollicités par la concurrence.

Transfert à 50 000 francs

Pour contrer ces tentatives de débauchage, les employeurs qui forment leurs employés sont devenus très prudents. «Les clauses sont de plus en plus strictes». Nous mettons des réserves de cinq ans. par rapport à la concurrence. C’est une petite sécurité pour garder son personnel», ajoute Laurent Paroz. Si les personnes formées partent travailler à la concurrence avant le terme de leur contrat, elles devront débourser 50 000 francs. Une mesure dissuasive? Pas sûr puisque, pour s’attacher un bon professionnel, les entreprises sont prêtes à payer ces 50 000 francs. «Nous avons perdu des gens comme cela», explique encore Laurent Paroz.

On l’aura compris: dans la situation actuelle et à condition d’être «courtisé», c’est l’employé qui tient le couteau par le manche. Question salaire, il peut en profiter pour faire monter les enchères. «Dans quelques cas, certaines sociétés feront une exception: elles accepteront de donner 1000 francs de plus sans sourciller», explique Pierre Gygax. Mais le plus souvent, les négociations restent raisonnables. «Nous avons des moyennes salariales, mais nous entrons en matière pour 10% de plus.» L’argent n’est cependant pas toujours la motivation principale. D’autres facteurs entrent en ligne de compte lorsqu’un employé a l’embarras du choix. Comme la promesse de suivre une formation dans un autre domaine. Sans oublier la taille de l’entreprise: «Dans un atelier de trois ou quatre personnes, on peut plus se relâcher.»

Et Pascal Dubois, qui recherche désespérément un constructeur en horlogerie depuis six mois, que fait-il en attendant? «Nous avons cinq personnes dans notre bureau et des développements qui pourraient aboutir à de très beaux produits, mais nous n’arrivons pas à finaliser leur mise au point, faute de personnel. C’est frustrant!» Employeurs frustrés, employés qu’on s’arrache, le monde de l’horlogerie a de quoi faire rêver bien d’autres secteurs et plus d’un chômeur…

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